Immigration au Québec : Les difficultés d’insertion rencontrées par les immigrants du Maghreb


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Le taux de chômage des immigrants Maghrebins au Québec est plus important que dans d’autres populations d’immigrants. Pourtant les statistiques démontrent que ces immigrants sont éduqués et diplômés et ont une trés bonne connaissance du français. De plus, ils ont été sélectionnés sur la base des qualités requises pour trouver un emploi.Immigration Québec immigrants

Alors comment  expliquer cette situation ?

Une étude  l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) « Les difficultés d’insertion en emploi des immigrants du Maghreb au Québec » : une question de perspective » de Annick Lenoir-Achdjian, Sébastien Arcand, Denise Helly, Isabelle Drainville et Michèle Vatz Laaroussi vient de paraitre. Les auteurs ont rencontré des chercheurs d’emploi maghrébins et des intervenants en emploi. L’analyse fait ressortir trois zones de convergence dans ce que les uns et les autres font de la situation.
La première est reliée au fait que les immigrants ont de la difficulté à faire reconnaître leurs acquis : la scolarité et l’expérience de travail obtenues à l’étranger sont faiblement reconnues par les employeurs. La deuxième tient à des faiblesses des Maghrébins relativement à des aspects importants pour le marché de l’emploi québécois : méconnaissance de l’anglais, manque d’expérience de travail canadienne, absence d’un réseau professionnel et finalement difficulté de répondre rapidement aux conditions requises par les ordres professionnels. La troisième tient au fait que les employeurs font parfois preuve de discrimination.

Les  immigrants indiquent  clairement que leur attentes (améliorer rapidement leurs conditions de vie et leur situation professionnelle) conditionnent les perceptions qu’ils ont des démarches à faire et des difficultés qu’ils éprouvent. Les Maghrébins considèrent qu’ils ont droit à un emploi et à un accompagnement individualisé, puisqu’ils ont été sélectionnés selon des critères liés à leurs compétences. Ils ne s’interrogent donc pas sur ce qu’eux-mêmes pourraient faire pour intégrer le marché de l’emploi ; ils questionnent plutôt les critères à partir desquels ils ont été sélectionnés, le type d’aide qu’ils reçoivent et l’attitude des employeurs.

Dans le cas des intervenants en insertion en emploi, le filtre d’interprétation est basé sur une approche d’intervention selon laquelle les chercheurs d’emploi peuvent et doivent agir de façon autonome. Ils considèrent plutôt les immigrants sur le même pied que les autres chercheurs d’emploi et estiment qu’ils sont les premiers responsables des démarches à faire. Ils pensent que ce sont certaines caractéristiques propres aux Maghrébins qui expliquent leurs difficultés : leurs attentes irréalistes, la nécessaire mise à niveau de leur formation, leur manque d’expérience canadienne et leurs exigences liées à leur culture et à leurs pratiques religieuses.

Le problème est donc plus complexe qu’il ne parait, comme tout ce qui touche au sujet de l’immigration. Pour avoir plus d’explications, vous pouvez télécharger le document : www.irpp.org/fr/index.htm

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14 commentaires

  1. jeff-TVQC

    Au Québec ce n’est pas pire que ailleurs même que c’est dans une juste mesure beaucoup moins pire!
    je demanderais aux immigrés qui trouve ça difficile de s’intégrer ou de trouver du boulot au Canada d’aller faire un tour en Russie ou États-unis!!

    Pour toute immigrés qu’elle qu’ils soient la difficulté a l’intégration et de l’insertion dans le milieux du travail font partie du processus et ce dans tout les pays dans le monde!!

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    • Armelle Rossetti

      C’est sûr qu’il est difficile pour n’importe quel immigrant et dans tous les pays du monde de s’intégrer dans un nouveau pays car c’est un changement radical et une remise en cause de tout ce que l’on a appris auparavant et même si on parle la même langue…. le temps et le changement profond de l’individu dans un nouvel environnement est nécessaire et le processus d’intégration doit se réaliser par étapes.
      Il est aussi vrai que l’intégration au Québec et certainement plus facile que dans certains pays. Il n’en reste pas moins qu’il y a encore du chemin à faire de part et d’autre pour mieux se comprendre et favoriser cette immigration dont le Québec a besoin. Et comme l’un des objectifs de ce blog est de contribuer à faciliter le processus d’immigration, nous souhaitons porter ce type de documents et d’études à la connaissance de tous.

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  2. Tanait hafid

    Bjr;
    Je un enseignant à la formation profesionnelle algérien, informaticien(bac+5).Actuellement j’ai eu le CSQ et je suis entrain de préparer mon visa avec ma petite famille en quebec. Je demande s’il est possible de m’orienter au secteur le plus récruté à montrél. et merci d’avance.

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  3. Mohamed

    Bonjour,

    J’ai un Bac+5 en genie mecanique, réssament j’ai obtenu mon CSQ et celui de ma famille.Je compte m’y installer au quebec. J’ai une bonne expérience professionel dans le domaine du forage des puits de gas et de pétrole. Merci de m’orienter et merci d’avance.

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  4. fouad

    slt
    j’ai un BAC+ 4 ans (licence en education physique et sportive),j’ai obtenue mon CSQ .
    je compte bien m’installer au quebec, j’ai une experience de 5ans comme professeur de sport dans le lycée. j’aimerais bien m’orienter dans ce domaine (education), merci d’avance
    bye

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  5. diarbi aek

    j’ai un bac+4 en electronique(licence d’enseignement) et 20ans d’experience dans le domaine de la maintenance audio-visuel(plasma, satcamescope, alarme) et je cherche à m’installer moi et ma famille au quebec. Est-il possible de m’orienter dans quel secteur de trvail faut-il y allez.Merci

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  6. jean bernard thomas

    je suis jn bernard thomas imigrant du quebec je suis qualifie je cherche un emploi dans le domaine de securite.

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  7. Mamadou Aboucar

    Qu’ils soient ici depuis six mois, 15 ans ou toujours, les travailleurs de couleur affrontent d’énormes difficultés quand vient le temps d’intégrer le marché du travail québécois. Lorsqu’ils y parviennent, c’est souvent parce qu’ils se rabattent sur des emplois précaires, instables et mal rémunérés. Des jobines pour lesquelles ils sont souvent surqualifiés.

    Andrew Jackson, économiste principal du Congrès du Travail du Canada (CTC), est catégorique : le racisme systémique est monnaie courante sur le marché du travail canadien. Fin novembre, il publiait un rapport percutant (Is Work Working for Workers of Colour?) démontrant que les travailleurs de couleur gagnent moins que les autres Canadiens, ont moins de sécurité d’emploi et sont beaucoup plus exposés à la pauvreté.

    «Racisme, discrimination raciale, c’est du pareil au même, tranche l’économiste. Chose certaine, cet enjeu est un problème majeur au Canada. Les écarts économiques fondés sur la situation raciale sont considérables et inquiétants.»

    Les barrières invisibles Les observations d’Andrew Jackson semblent confirmées par les données récentes de Statistique Canada sur les immigrants au sein de la population active, tirées du recensement de 2001 et publiées en février dernier. Ces données indiquent que le taux de chômage des immigrants récents (arrivés au pays depuis 1996) est deux fois plus élevé que celui des Canadiens de naissance, et qu’en dépit de l’essor économique de la fin des années 1990, le fossé entre le taux d’emploi des immigrants récents âgés de 25 à 44 ans et celui des Canadiens de naissance continue de se creuser. À Montréal, il s’est considérablement élargi entre 1996 et 2006, tandis qu’il a légèrement diminué à Toronto au cours de la même période. L’écart du taux d’emploi entre les femmes qui ont immigré récemment et les travailleuses non immigrantes est encore plus grand que pour les hommes.

    Au sein de la fonction publique québécoise, une institution qui devrait pourtant prêcher par l’exemple, la représentation des communautés culturelles n’a pratiquement pas bougé en 10 ans. Au début des années 1990, l’État avait pourtant promis des rangs composés de 9 % d’immigrants. En 2005, leur représentation n’était toujours que de 2,3 %. La présence de biais culturels dans les examens d’entrée de la fonction publique québécoise pourrait expliquer la faiblesse du recrutement parmi les membres des communautés culturelles, à tel point que le Secrétariat du Conseil du Trésor a commandé il y a quelques mois une étude sur la question à des chercheurs de l’Université Laval.

    Le 24 février dernier, le gouvernement annonçait un plan d’action visant à diversifier la fonction publique. À cette occasion, le ministre d’État à l’Administration et à la Fonction publique et président du Conseil du Trésor, Joseph Facal, a souligné que les candidats issus des communautés culturelles ne manquent pas, «mais ils ne sont pas sélectionnés en assez grand nombre une fois qu’ils ont franchi l’étape de l’examen». Le ministre a mis en cause l’«attitude» des gestionnaires de la fonction publique : «Je ne parlerais pas de discrimination de leur part, mais plutôt d’une sensibilité insuffisante au fait qu’être né à l’extérieur du Québec ne constitue pas une contrainte.»

    Outre la teinte de leur peau, plusieurs barrières invisibles se dressent devant les travailleurs de couleur et les empêchent de trouver un emploi à la mesure de leurs compétences : leur accent, la consonance de leur nom, leur religion ou le fait d’être né à l’étranger peuvent jouer contre eux. Leur déconvenue prend aussi racine dans la difficile reconnaissance de diplômes et d’expériences de travail acquis à l’étranger. En dépit de leurs compétences, qui ont d’ailleurs facilité leur processus d’immigration, les nouveaux arrivants professionnels se cognent souvent le nez à la porte de l’une des 45 corporations et associations professionnelles québécoises, qui appliquent des règles strictes pour l’accès à la profession.

    «Les milieux de travail sont encore en dehors de la réalité de la société», remarque Élisabeth Garant, spécialiste de l’immigration au Centre Justice et Foi, un centre d’analyse sociale.

    Tout en subtilités Rarement victimes de racisme ouvertement déclaré, les membres de minorités visibles connaissent des discriminations subtiles, explique-t-elle. «Souvent, les employeurs éprouvent un malaise à les embaucher. Plusieurs ne sont jamais convoqués en entrevue sur la base de leur CV. Et il est fréquent que ceux qui le sont ne dépassent pas l’étape des entrevues. À compétences égales, et même dans le cas d’un candidat de couleur avec des compétences supérieures, les employeurs préfèrent retenir les populations d’accueil.»

    «Les chefs d’entreprises ne crient pas sur les toits qu’ils ne veulent pas de leurs services, ajoute Michel-Gary Obas, directeur du Centre d’appui aux communautés immigrantes (CACI) de Bordeaux-Cartierville, à Montréal. Mais à compétences égales entre une personne de couleur et un Blanc, l’impression qui est véhiculée, c’est que c’est ce dernier qui aura l’emploi.»

    Même avec un diplôme universitaire ou collégial canadien en poche, les membres de minorités visibles sont moins susceptibles de trouver un emploi que les autres diplômés, apprend-on dans l’édition de l’été 2001 du Bulletin de la recherche appliquée, publié par Développement des ressources humaines Canada.

    En fait, selon les données de Statistique Canada basées sur le recensement de 1996, les travailleurs de couleur sont plus instruits que les autres travailleurs canadiens, mais ils sont beaucoup plus susceptibles d’occuper un emploi à bas salaire. «Cette situation s’est vraisemblablement maintenue au cours des dernières années, puisque les politiques d’immigration canadiennes ciblent les candidats scolarisés», estime Andrew Jackson.

    Outre l’enjeu de la reconnaissance des compétences des professionnels immigrants, le milieu du travail québécois semble toutefois peu sensibilisé à la difficile intégration économique des minorités ethniques. Au Conseil du patronat, on ne s’est pas penché sur la question. «Ce n’est pas un problème qui a été soulevé», explique la directrice des communications, Anne LeBel, tout en affirmant que les entreprises québécoises manifestent une grande ouverture à l’égard des nouveaux arrivants ou des minorités ethniques.

    Anick Vinet, responsable du marketing au siège social de l’agence de placement Adecco à Montréal, confirme que des employeurs formulent parfois des demandes particulières. «Il arrive qu’ils refusent un candidat de telle ou telle origine, dit-elle, surtout en région. On essaie de profiter de l’occasion pour faire un peu d’éducation…»

    Il ne faut pas conclure pour autant que les employeurs québécois sont racistes, nuance toutefois Élisabeth Garant. «La discrimination ne s’explique pas toujours par la mauvaise volonté. Elle peut découler du processus de sélection. Des biais culturels peuvent être introduits dans les concours : par exemple, certains examens de culture générale font référence à des notions inculquées à l’école primaire et que ne possèdent pas les immigrants récents. Ou encore, un comportement culturel en entrevue peut être mal vu : le fait de ne pas regarder son interlocuteur dans les yeux sera notamment perçu par certains employeurs comme un manque de leadership.»

    La discrimination raciale est interdite au Canada et les tribunaux sont régulièrement saisis de cas de cette nature. Amel Belhassen, sociologue de l’immigration et des relations interethniques et chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal, souligne toutefois que si les recours pour se plaindre de discrimination raciale existent, il revient à la prétendue victime de faire la preuve qu’elle a été exclue d’un emploi pour ce motif. «C’est très difficile à prouver, dit-elle. L’employeur peut toujours invoquer une autre raison d’écarter la candidature.»

    Les milieux de travail les plus réfractaires à l’embauche de membres de communautés visibles sont ceux des services à la clientèle, soutient Élisabeth Garant. Elle rapporte le cas d’un électricien de Québec qui a eu du mal à se faire accepter par certains clients, méfiants à son arrivée. «Promenez-vous dans les centres commerciaux de Québec, suggère pour sa part Yuho Chang. Les caissiers ou les vendeurs sont rarement issus de communautés visibles, sous prétexte que les clients ne sont pas habitués à se faire servir par eux!»

    Une question de pigmentation À Montréal, le taux de chômage des Noirs de 25 à 44 ans est deux fois supérieur à celui des Montréalais dans leur ensemble, révèle l’étude L’évolution de la communauté noire à Montréal : mutations et défis, publiée en 2001 par James Torczyner, professeur à l’École de travail social de l’Université McGill. Son analyse démontre même qu’un diplômé universitaire de race noire a autant de chances de décrocher un emploi qu’un Blanc qui n’a pas terminé ses études secondaires. Tous les intervenants interviewés dans le cadre de ce dossier s’entendent sur un point : le niveau de difficulté pour accéder à un emploi augmente avec la pigmentation de la peau.

    Selon Yuho Chang, directeur adjoint du Service d’orientation et d’intégration des immigrants au travail de Québec (SOIIT), la communauté noire est la plus touchée par la discrimination raciale à l’emploi dans la Vieille Capitale. Les statistiques internes de l’organisme le prouvent : depuis trois ans, le SOIIT a placé un immigrant de race blanche sur deux sur le marché du travail. Cette proportion diminue légèrement à 40 % dans le cas des travailleurs maghrébins, asiatiques ou latino-américains. Mais elle tombe à 30 % en ce qui concerne les candidats noirs…

    «Les Noirs ont de la difficulté à trouver un emploi, peu importe le secteur, affirme-t-il. Les employeurs recherchent la performance et le rendement. Lorsqu’ils ont devant eux un représentant d’une ethnie visible, en particulier un Noir, ils sont plus méfiants. Ils sont sceptiques quant aux compétences d’un Africain, par exemple, même s’il a étudié au Québec. C’est une réalité, les préjugés existent toujours.»

    La communauté maghrébine a aussi du fil à retordre sur le marché de l’emploi, et particulièrement depuis un certain 11 septembre… «Dans les jours qui ont suivi, des employeurs nous appelaient pour nous demander de ne pas leur envoyer de candidats arabes», dit Yuho Chang. Mais même avant cette date fatidique, les préjugés étaient bien vivants. Dans une étude publiée en octobre 2001 par la Ligue des droits et libertés de Québec (La discrimination raciale à l’égard des minorités visibles sur le marché du travail et son impact sur la rétention de ces populations dans la Communauté urbaine de Québec), 35 % des employeurs de la capitale québécoise avouaient ne pas vouloir recruter de travailleurs arabes. «Et ça, ce sont ceux qui ont osé l’avouer», remarque Élisabeth Garant.

    «Depuis les années 1980, la communauté arabe, et particulièrement maghrébine, fait face à une image dévalorisante de son identité et de son patrimoine, explique Naïma Bendris, chercheuse en sociologie à l’Université de Montréal. Cette représentation stéréotypée est surtout reliée à l’actualité internationale. La manière dont les événements sont couverts et dont l’Islam est dépeint fait ressortir une image négative. On voit les Arabes comme des gens menaçants : les hommes, dangereux, les femmes, soumises et aliénées.»

    Et bien que plusieurs Québécois se soulèvent contre les préjugés, poursuit l’universitaire, «il existe bien sûr une forme de racisme lié à l’appartenance ethnique et religieuse. C’est très subtil, mais c’est là.»

    L’intégration sociale des immigrants passe nécessairement par leur intégration économique. «Mais comme il se retrouve souvent dans la précarité, l’immigrant se sent dévalorisé, inutile à la société, dit la sociologue Amel Belhassen. Il se rabat sur les réseaux ethniques, sur son réseau d’appartenance. Il trouvera un boulot auprès d’un ami, d’une connaissance qui a un commerce. Mais tout cela a un prix, des répercussions psychologiques et sociales importantes.»

    «Nous recevons des gens découragés, au bord du suicide, explique Michel-Gary Obas. Pour subvenir aux besoins de leur famille, les femmes semblent accepter plus facilement la déqualification et le fait de travailler au bas de l’échelle. Les hommes y sont davantage réfractaires.»

    Ceux qui acceptent un boulot précaire en attendant de pouvoir pratiquer leur profession se retrouvent emprisonnés dans un cercle vicieux, ajoute-t-il : ils veulent gagner de l’argent pour passer les examens des ordres professionnels mais arrivent difficilement à amasser davantage qu’il n’en faut pour assurer leur subsistance. Et sans expérience de travail canadienne dans leur domaine de compétences, ils ne peuvent intégrer un emploi à la mesure de leurs aspirations.

    Donner l’exemple Du côté des syndicats, on commence à s’éveiller à la réalité des travailleurs immigrants. La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a réuni en février un comité afin de faire le point sur la question, ce qui n’avait pas été fait depuis 1989. But : analyser l’intégration de ces travailleurs au marché du travail et se doter d’un plan d’action pour remédier aux problèmes.

    La Confédération des syndicats nationaux (CSN) travaille actuellement à la mise en oeuvre d’un programme d’accès à l’égalité pour les communautés culturelles. «Mais le problème de l’accès à l’emploi ne sera résolu que lorsqu’on aura admis celui du racisme», souligne Bara Mbengue, un membre du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN. Lui-même d’origine sénégalaise, il s’est efforcé de sensibiliser ses collègues à la discrimination raciale. «Le racisme existe dans la société québécoise, surtout dans ses institutions, dont les organisations syndicales. Il faudrait commencer par donner l’exemple, et refléter la composition de notre membership dans l’exécutif.» Dans la région de Montréal, 25 % des syndiqués de la CSN sont issus des communautés culturelles, souligne-t-il.

    L’économiste principal du CTC, Andrew Jackson, est encore plus dur à l’endroit de certains syndicats canadiens, qui font selon lui grandement partie du problème de l’égalité des chances à l’emploi. «Ils devraient commencer eux-mêmes par lutter contre la discrimination au sein de leurs rangs, puis encourager les employeurs à faire de même et enfin, le législateur.»

    En avril dernier, le ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration (MRCI) annonçait une collaboration avec les ordres professionnels afin d’alléger les difficultés vécues par les immigrants au moment de faire reconnaître leur formation et leur expérience de travail. «C’est un début, mais tout cela ne demeure qu’un signe de bonne volonté, analyse Élisabeth Garant, du Centre Justice et Foi. Les associations et les corporations qui ont volontairement fait preuve d’ouverture sont encore peu nombreuses.»

    Pour Michel-Gary Obas, du CACI, la dynamique de l’immigration et ses avantages pour la société devraient être enseignés dès l’école primaire. Selon Yuho Chang, le mot d’ordre est «sensibilisation». «Les préjugés perdurent à cause de la méfiance et de la méconnaissance. Il faut faire une bonne campagne de sensibilisation auprès des employeurs québécois pour qu’ils s’ouvrent aux minorités visibles.» Le SOIIT fait déjà cette éducation au quotidien, en allant rencontrer les chefs d’entreprises pour proposer ses candidats, explique-t-il. «C’est un travail continuel. Les employeurs qui sont ouverts à l’idée d’embaucher des minorités visibles ont souvent eu des expériences positives. Mais plusieurs hésitent encore.»

    Les bons noms
    Aux États-Unis, les gens dont le nom est typiquement anglo-saxon ont de meilleures chances de décrocher un emploi que ceux qui portent un prénom ethnique, révèle une étude menée par des chercheurs de la Chicago Graduate School of Business et du Massachusetts Institute of Technology.

    Lorsqu’ils font une demande d’emploi, les candidats prénommés Greg, Neil ou Anne, par exemple, reçoivent deux fois plus de réponses des recruteurs que leurs compatriotes Rasheed, Aisha ou Ebony. Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs ont envoyé 5 000 demandes fictives en réponse à des petites annonces publiées dans les journaux. Il y avait autant de discrimination pour des postes de caissiers que pour des postes d’assistants au président, ont-ils remarqué.

    À Montréal, un immigrant maghrébin a tenté la même expérience. Karim Farhat, un Tunisien arrivé au pays il y a six mois, a d’abord répondu aux offres d’emploi sous un faux nom, avec des références québécoises équivalentes à son expérience tunisienne. Il a ensuite fait des demandes sous sa véritable identité.

    «J’ai reçu trois fois plus de réponses favorables et de convocations en entrevue avec un nom québécois», déplore-t-il.

    Quant à eux, les candidats haïtiens dont le nom ne laisse pas deviner l’origine ethnique provoquent parfois un émoi lors de l’entrevue, raconte Michel-Gary Obas, directeur du Centre d’appui aux communautés immigrantes (CACI). «Comme leur nom est français et peut ressembler à un nom typiquement québécois, les employeurs sont surpris de voir arriver une personne de race noire…»

    Source : What’s in a name?, MIT News, Massachusetts Institute of Technology. (web.mit.edu/newsoffice/nr/2003/resumes.html).

    Karim Farhat
    par Martine Roux, avec la collaboration d’Eric Barbeau

    «Des marchands de rêves.» C’est ainsi que le Tunisien Karim Farhat décrit les consultants en immigration canadiens qui lui ont vanté les charmes de notre pays et les possibilités d’emploi dans l’industrie biomédicale. Directeur commercial dans une entreprise d’équipement biomédical, tout fonctionnait pour lui à Tunis, mais il a voulu améliorer son sort.

    Débarqué à Montréal en août dernier, il a eu du mal à trouver un appartement. Il a clairement eu l’impression que les propriétaires cherchaient des motifs de refus. «Ce furent mes premiers pas au Canada. J’ai tout de suite senti la différence, une distance.»

    Une centaine d’envois de CV et des dizaines d’entrevues plus tard, il déchante encore davantage. Toujours pas de boulot en vue. «J’ai même passé des entrevues pour vendre des téléphones portables. Chaque fois, on me pose des questions qui semblent destinées à écarter ma candidature. On me demande notamment si je possède de l’expérience canadienne. Mais on me parle rarement de mon expérience.» Pour survivre, il a accepté un boulot de plongeur dans un restaurant montréalais. «J’ai démissionné après quelques jours. Trois mois plus tôt, à Tunis, je dirigeais une équipe de 14 personnes! Je préfère manger de la pierre plutôt que de faire ça.»

    Amer, il songe de plus en plus à plier bagage. «Du point de vue psychologique, je commence à craquer. Que faire? Rester chez moi sans travailler? Rentrer en Tunisie les poches vides après avoir tout liquidé? C’est l’impasse.»

    André Mubhano et Béatrice Uwimana
    par Martine Roux, avec la collaboration d’Eric Barbeau

    André et Béatrice sont arrivés au Canada avec leurs deux garçons en août 2000. Originaires du Burundi, un pays déchiré par la guerre civile, ils avaient passé les cinq années précédentes dans des camps de réfugiés en Tanzanie. Les agents de l’immigration les envoient à Granby. C’est un choc : à peine 3 % de la population locale est immigrante. La curiosité que le couple suscite cède parfois la place à des commentaires désobligeants.

    Pendant un an, André envoie en vain des dizaines de CV. Quand il est finalement engagé chez un fabricant de matelas de Granby, ses collègues l’accueillent rudement. «Les gens changeaient de place quand je voulais m’asseoir avec eux dans l’usine. On disait que je sentais mauvais. Certains m’ont dit de retourner chez moi en Afrique.»

    Après avoir essuyé d’innombrables sarcasmes, il s’est plaint au patron. «Le lendemain, une note était affichée dans la cafétéria disant qu’ici, on ne tolère pas la discrimination et que tout le monde fait partie de la même équipe, peu importe la couleur. Ça m’a touché.»

    Sa femme, Béatrice, a travaillé jusqu’en décembre dernier dans un atelier de couture. Mise à pied temporairement, elle touche des prestations d’assurance-emploi en attendant son retour au travail.

    Elle aussi a eu maille à partir avec ses collègues. Elle a fini par se faire accepter, mais au prix d’une grande abnégation… et d’une bonne dose d’humour.

    «On me disait : « Vous les Noirs, on sait bien, vous êtes pauvres. » J’ai répondu à une collègue un jour en lui faisant remarquer qu’elle fait le même travail que moi et qu’elle n’est pas plus riche. Après un certain temps, elle est devenue une amie. Elle en est venue à respecter mon application au travail et ma détermination, je crois. De toute façon, son petit caractère raciste m’importe peu; j’ai vu pas mal pire dans ma vie.»

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    • Manuel

      C’est vrai et c’est bete comme tout. Vous croyez que seulement les immigrants en souffriront?
      On fait venir des docteurs et on veut les embaucher a Tim Horton’s… C’est malheureux comme tout!
      A la fin, les meilleurs repartent et on va rester avec ceux qui sont bien avec le cheque de BS… mais la faute a qui?
      faut arreter cette polarisation… Elle va nous faire du mal a tous…

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    • marwan

      Ben voyons … Comme si c’était une généralité.

      Faut arrêter de chercher des paramêtres extérieurs pour victimiser les gens, c’est une attitude contre productive.

      Moi je voudrais bien comprendre pourquoi il y en a qui réussissent et d’autres qui échouent, alors qu’ils partent basiquement du même pied (pas d’expérience française, canadienne ou américaine, un diplome, une expérience dans le pays d’origine, pas de contact ou « réseau » dans le pays d’accueil) …?

      C’est pas un problème venant du pays d’accueil … C’est un problème de personnalité de l’immigrant. Tout le monde ne peut pas réussir, c’est NORMAL.

      J’ai des amis, des cousins qui sont venus en france, d’autres sont allés aux états-unis, ou au canada, et d’autres encore sont restés au bled. Des diplomés, des non-diplomés ; toujours est-il qu’il viennent plus ou moins du même substrat social à la base, tout comme ma propre personne. Eh ben devinez quoi : certains, 20 ans après, sont toujours, encore, éternellement au chomage, ne parlent même pas encore la langue … D’autres se sont construit une petite vie tranquille, dans la moyenne nationale, d’autres par contre ont carrément réussi. Aux amériques, comme en france, comme au bled. C’est PARTOUT pareil. C’est à l’individu de faire des effort, c’est à nous de nous intégrer avant tout, c’est notre vie qu’on joue.

      Certains ne le comprendront jamais, même au sein de leur propre culture d’origine. Alors à un moment il faut arrêter de les excuser, de crier « au racisme » et je ne sais quoi, ce n’est pas leur rendre service que de les conforter dans cette attitude perdante. Et en cela, ils ne sont en rien différents des nationaux qui ne s’en sortent pas. Ce n’est pas un problème d’intégration venant de la société d’accueil. C’est un problème de volonté personnelle d’intégration. Et c’est culturel. On a trop l’habitude de considérer l’occident comme un manne providentielle potentiellement soumise à nos envie … Un far west à conquérir. Bah pour conquérir, il faut avoir l’esprit conquérant, pas la loose de l’éternelle victime.

      Venez essayer de vous intégrer à alger ou à oran, vous verrez ce que c’est que le racisme.

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  8. marwan

    Ahah, tiens ça me fait rire car c’est ici, en France, exactement la même situation …

    En fait, c’est une attitude purement, culturellement maghrébine. Je m’explique …

    Je suis moi même issu de l’immigration maghrébine (mais en France), et ai évolué dans des milieux quasi-exclusivement maghrébins ici bas (j’ignore comment cela se passe au Canada, mais en France, l’immigration maghrébine n’aime pas trop se mélanger aux « vrais » Français … c’est à dire que si on peut reconstituer le village du bled dans la cité, c’est le top … ah ah, quel état d’esprit).

    Et effectivement ici aussi, je me suis aperçu de ce travers qui caractérise l’immigration du maghreb : les gens estiment que, puisqu’ils ont été accepté à l’immigration (les critères français étant pourtant largement moins drastiques que les critères Québécois), « sélectionné » (même si ici, il ne s’agit pas véritablement d’une sélection), alors, tout doit venir à nous, comme si nous étions attendus comme les messies … Mes comparses ne se rendent pas compte qu’il faut se bouger le cul comme au pays, c’est à dire un minimum, pour trouver un job, ils pensent que les employeurs vont venir les supplier de venir travailler jusqu’à dans le salon de thé ou le bar à chicha …

    Et si les employeurs ne sont pas au rendez vous, alors c’est de la faute du pays d’accueil, et ça vire à la rebellion … bah …

    Cette mentalité de mes congénères m’écoeure, et je ne pensais pas que ceux qui émigraient jusqu’aux amériques réagissaient de la même façon, mais force est de constater que si … C’est bien malheureux. Nos cultures, du maghreb, sont en déchéance, malgré nos jeunes bardés de diplomes, ils sont incapables d’en faire quoi que ce soit, sauf se croire tout permis là ou on les accepte pourtant si généreusement.

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